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Review: Doneda Lemoine Rose 

Jean-Michel Van Schouwburg, à propos de l’enregistrement de la première rencontre du trio

Trois souffleurs libres parmi les plus affûtés de cette scène improvisée internationale radicale qui se refuse à jouer les utilités et à brader son talent pour des baudruches. Nous avons droit ici à une recherche de sons à la fois individuelle et collective : chacun cherche son chemin dans les frictions et froissements de la colonne d’air, des doigtés fourchus, des timbres rares, des sonorités extrêmes, des volutes d’harmoniques et vocalisations, de gazouillis aigrelets et grondements sourds, de pincements d’anche et coups de bec.
Au sax soprano, Michel Doneda, au ténor, Philippe Lemoine et au baryton Simon Rose. Enregistré au Kühlspot Social club le 28 juin 2019. La cohérence de l’ensemble et les correspondances entre chacun enfle, grandit et envahit l’espace. Growls énormes mais placides, interpénétrations des sonorités formant un drone grouillant, organique, matières en mouvement, textures en tension. Polyphonie sauvage, tellurique, couinante, articulée dans un crescendo de coups de langue fiévreux, de boucles brûlantes, .. et puis deux filets de sons en suspension font bouger deux notes sur elles-mêmes quelques instants jusqu’au bord du silence … lequel se fracture par quelques micro-sons, vibrations infimes et harmoniques hésitantes à l’unisson… Et le tour est joué !

C’est tout bonnement magnifique, magique, essentiel. J’en oublie l’existence des quatre cinquièmes des albums proposés par les labels « qui comptent », éclipsés tous par cette entente fructueuse, sincère et vivifiante. Trente – cinq minutes de bonheur digital.

Review: Séance 

Jean-Michel Van Schouwburg, à propos de Séance:

Philippe Lemoine & Simon Rose Séance Tour de Bras. TD 89026cd

Le micro label Tour de Bras a plus d’une clé dans son sac et les deux souffleurs, ici présents, un tas de clés (sur leurs sax) dont ils se servent à merveille. Baryton pour le britannique Simon Rose et ténor pour le français Philippe Lemoine, tous deux établis à Berlin. Beaucoup d’empathie, d’écoute attentive consonance fantomatique, souffles détimbrés, diaphanes et brumeux à la fois. Récemment, sont parus quelques duos de sax peu communs : The Cerkno Concert de Joe McPhee & Daunik Lazro (Klopotek) et Tie the Stone to The Wheel d’Evan Parker & Seymour Wright (Fataka) que j’ai chroniqué très favorablement. Séance se situe à la hauteur des intentions et de la réalisation instantanée des précités. Maîtrisant les techniques alternatives et leurs instruments respectifs, ils puisent dans leurs stocks de sons et de timbres de quoi construire un parcours jamais pris en défaut de redondance et de recyclage. Douze pièces qui font corps les unes aux autres en développant leur matériau dans le même état d’esprit. La musique se construit de détails, de micro-mélodies qui s’enchaînent, s’enchâssent et se détachent, toujours dans le piano : p, pp et parfois ppp. Une improvisation apaisée à l’écoute des occurrences des vents, des vibrations physiques de la colonne d’air et de l’anche. Harmoniques délicates, vocalisations discrètes, exacerbation du doux, du feutré, de l’intime. Voici des improvisations qui peuvent nourrir la sensibilité, l’imagination et le goût de l’aventure de tout un chacun à la recherche d’une nature qui si les dommages de la pollution et de l’industrialisation forcée à grande échelle se perpétuent, ne se retrouvera bientôt plus que dans cette musique spontanée, vivante, une biologie des sons et des jeux musicaux rétives aux conventions et à l’endoctrinement… 

Admirable ... 

Review: Squid Lux 

Jean-Michel Van Schouwburg, à propos de Squid Lux:

Squidlux Wolfgang Seidel Adam Goodwin Samuel Hall Philippe Lemoine Creative Sources CS279 CD 

2015, ça fait déjà un bail. Mais Philippe Lemoine, sax ténor improvisateur de talent, m’a envoyé cet ovni bien dans la lignée Creative Sources. Adam Goodwin joue de la contrebasse, Wolfgang Seidel des synthés, guitare préparée, percussion, batterie, vibraphones et Samuel Hall, batterie, percussion, objets et vibraphones. Le son du groupe est composite, mouvant, insituable, fait d’électricité, de frictions de la guitare couchée, de sonorités bruitistes avec le grondement rauque du sax ténor qui surgit entre les effets sonores. Typique d’une démarche déstabilisante, « industrielle », caverneuse, grouillante, électro. Pleine de bonnes choses. Question articulations hachées et sonorités « sales » morsures du bec et harmoniques, volutes aériennes, le saxophoniste est excellent dans son rôle avec de tels trouble- fêtes. Un Warne Marsh cosmique pointe son nez par-dessous sur l’électricité saturée et mordante du guitariste (noise) et le foisonnement léger de bruissements et froissements subtils. Richesse sonore et direction indéfinie qui si elle ne crée pas à proprement de surprises, pose des questions et relance l’attention. Le saxophoniste prend le parti de soloïser free en survolant les éléments un peu chaotiques et les roulements constants d’un des batteurs. Trouble, étrange, déconstruite, hybride la musique de Squidlux se refuse à adopter une esthétique franchement, mais agglutine des pratiques, des sons, des univers sensibles. Recherche de sons méritantes et imbrication réussie, sons frottés de percussions... Lemoine s’avance de plus en plus convaincant , la sauce prend et la musique prends corps. Une belle ambiance …

https://philippelemoine.bandcamp.com/album/squid-lux